Les recommandations du GIEC en 10 idées concrètes

Ascot Corner réduit sa consommation de mazout

Le dernier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) offre une foule de pistes et de principes pour réduire, de manière importante, les émissions de gaz à effets de serre.  Voici dix idées concrètes, inspirées de ce rapport, que le gouvernement du Québec pourrait adopter afin de freiner sérieusement la crise climatique.

1.Interdire l’installation de systèmes de chauffage au gaz naturel :

Depuis cette année, il est interdit au Québec d’installer un système de chauffage au mazout dans les nouveaux bâtiments résidentiels.  Dès 2024, il sera également interdit d’installer ce type de système dans des bâtiments déjà existants.  Pourquoi ne pas appliquer ce règlement à tous les combustibles fossiles, incluant le gaz naturel.  Au Québec, une maison qui chauffe au gaz naturel émet en moyenne près de 10 tonnes de Co2 par année.

2.Augmenter les tarifs d’électricité :

Le Québec, potentielle batterie verte de l’Amérique du Nord aurait tout avantage à alimenter en hydroélectricité ses voisins qui carburent au gaz et au charbon. Augmenter considérablement le coût de l’électricité rendrait aussi plus rentable certaines mesures d’efficacité énergétique. Une augmentation des tarifs pousserait les consommateurs à mieux s’équiper (ex : une thermopompe électrique est 3 à 4 fois plus efficace qu’un calorifère électrique) et en bout de ligne, ils ne débourseraient pas plus, puisque leurs appareils seraient plus efficaces et moins énergivores.

3.Établir la taxe foncière selon la valeur des terrains :

Les villes qui grandissent rapidement peuvent éviter des émissions futures en créant des aménagements urbains compact, selon le GIEC.  À l’heure actuelle, la Loi sur la fiscalité municipale du Québec prévoit que les taxes municipales sont déterminées à partir de la valeur de la propriété.  Toutefois, cette façon de faire encourage les municipalités à favoriser le développement de leur territoire, rendant plus difficile le développement des transports actifs et collectifs dans ces quartiers.  Francisco Toro de l’organisme Vive la ruelle a évoqué l’idée de calculer l’impôt foncier à partir de la valeur des terrains (en excluant la valeur des bâtiments).  Une taxe sur la valeur de la terre découragerait le sous-développement des terrains urbains les plus précieux, explique M. Toro

4. Faire payer le transport en commun par les employeurs :

Une idée testée dans l’État de Washington pour les entreprises de 20 employés et plus et qui permet de réduire grandement les émissions de GES. De plus, les sommes versées par les employeurs sont désormais une partie importante du financement des sociétés de transport locales.  Une idée de laquelle nous pourrions aussi nous inspirer.

5.Rendre le Gouvernent légalement responsable de l’atteinte des cibles :

Échouer à réduire les GES ne doit plus être toléré.  Au Royaume-Uni, une loi tient responsable le gouvernement de l’atteinte des cibles climatiques depuis 2008.  Par exemple, si Londres ne se conforme pas à ses objectifs tous les cinq ans, les tribunaux ont le loisir de la blâmer.  Une action qui pourrait faire une différence tangible au Québec.

 6.Interdire la publicité :

Pour la première fois dans son dernier rapport, le GIEC parle de « sobriété » avec l’objectif d’utiliser moins de matériaux, d’énergie et moins de territoire, tout en assurant le bien être des humains. 

Selon François Delorme, un économiste de l'environnement à l'Université de Sherbrooke, la publicité est un moteur extrêmement puissant pour susciter des besoins inutiles qui s'inscrivent dans une logique de croissance économique. 

Interdire certains types de publicité ou du moins changer la manière dont on présente les options aux consommateurs fait partie des stratégies conseillées par les experts pour atteindre les objectifs et freiner la surconsommation.

7.Imposer des mesures d’écofiscalité forte sur les véhicules à essence :

L’écofiscalité est une série de mesures économiques qui découragent les comportements néfastes au profit des comportements bénéfiques pour l’environnement.  Une taxe, à l’achat, de plusieurs milliers de dollars sur les véhicules polluants pourrait avoir un réel impact sur les choix des consommateurs.

8.Instaurer un moratoire sur les nouvelles autoroutes :

Toutes les trajectoires modélisées limitant le réchauffement mondial à 2 degrés Celsius impliquent des réductions rapides, profondes et, dans la plupart des cas, immédiates dans tous les secteurs, selon le rapport du GIEC. Les villes du Québec s’agrandissent à grande vitesse et l’étalement urbain est neuf fois plus important qu’il y a 50 ans.  Cette croissance allonge les trajets quotidiens des navetteurs et pose des barrières aux transports collectifs.  L’aménagement peut avoir vraiment un grand impact sur le climat et les moratoires pourraient minimiser de façon importante les prolongements.

9.Allonger les garanties légales des biens :

La production d’acier, de ciment, de plastiques et d’autres matériaux ne cesse d’augmenter dans le monde. Pour contrôler les émissions de ces industries, il faut consommer moins et mieux.  Une manière d’y parvenir pour les gouvernements serait d’allonger les garanties légales des biens.  Cette mesure efficace permettrait de casser l’obsolescence programmée et la surconsommation.

10.Enlever des allocations gratuites sur le marché du carbone :

La tarification du carbone a encouragé la mise en place de mesures de réduction de GES à faible coût, mais a été peu efficace.  Aaron Cosbey, un économiste canadien du groupe de réflexion International Institue for Sustainable Development propose de réduire le nombre d’allocations gratuites offertes sur le marché du carbone québécois.  Les grands émetteurs de CO2 auraient alors moins d’incitatifs et n’auraient d’autre choix que de se tourner vers des solutions plus efficaces énergétiquement.

 Il s’agit là de quelques pistes de solution importantes qui pourraient assurément faire des différences majeures et nous aider dans la poursuite de notre objectif de réduction d’émissions de GES.  Espérons que le rapport du GIEC, ainsi que les solutions concrètes soulevées, auront un impact rapide sur les futures décisions gouvernementales de notre province.

 

Source : Le Devoir (Alexis Riopel)

Photo : Josh Edelson Agence France-Presse

 

 

 

 

 

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